Marc-André Raetzo et Hans Freudiger
PRÉAMBULE
Une dysurie doit être investiguée et traitée
de manière très différente selon le contexte. En cas d'infection
urinaire, les nouveaux antibiotiques permettent pratiquement dans toutes les
situations un traitement ambulatoire. Cependant, il faut respecter les contre-indications
aux traitements courts et surveiller attentivement l'évolution. Dans
un grand nombre de situations, on peut traiter sans pratiquer de cultures d'urine.
Première consultation
Les questions essentielles
1. La bandelette est négative pour les leucocytes et les
nitrites sur des urines fraîches?
2. Présence de symptôme de vaginite?
3. Présence de fièvre?
4. Présence de douleurs abdominales ou des loges rénales?
5. Présence de contre-indication à un traitement
court? A savoir:
o diabète
o immunosupression
o anomalie connue du tractus urinaire
o infection urinaire à répétition (>3 par année)
o symptômes durant depuis plus de 7 jours
o présence d'un diaphragme
o plus de 65 ans
6. Il s'agit d'un homme?
7. Présence d'une grossesse?
8. Présence d'une sonde à demeure?
VOUS AVEZ REPONDU "NON" À TOUTES CES
QUESTIONS ESSENTIELLES
Il s'agit d'une
femme qui n'est pas fébrile, qui n'est pas enceinte, sans douleurs des
loges rénales, sans symptômes de vaginite, sans contre-indication
à un traitement court, sans sonde urinaire.
La bandelette est positive pour les nitirites et les leucocytes.
On estime qu'en l'absence de fièvre et de douleurs des loges rénales,
il s'agit d'une infection urinaire basse non compliquée.
Vous pouvez donner un traitement court ![]()
![]()
1,
2 sans investiguer, en particulier pas besoin de pratiquer ni un uricult,
ni une culture.
Certains médecins ensemencent un uricult dans toutes les situations.
Cet uricult, s'il est positif, est mis au réfrigérateur en attente.
Ceci permet, si la patiente ne répond pas au traitement, de pouvoir envoyer
cet échantillon pour identification et antibiogramme, sans avoir besoin
d'attendre que les antibiotiques aient disparu de la circulation.
La cystite aiguë est une pathologie fréquente chez la femme sexuellement
active. L'incidence est de 0,5 épisode par année et par femme
dans la deuxième décennie de vie et 0,1 dans la troisième
décennie.
Les germes les plus fréquents sont E. coli (70-95%), Staph saprophyticus
(10-15%) et plus rarement Enteroccocci Proteus mirabilis ou Klebsiella species.
Le traitement
court (3 jours ou dose unique)
Le traitement à dose unique
est légèrement moins efficace qu'un traitement de
3 jours, surtout si un autre germe que E. coli est en cause.
Vous pouvez utiliser les antibiotiques suivants p. ex.:
Traitement de trois jours ![]()
![]()
3:
- norfloxacine 2 x 400 mg/j p.o. [Noroxine® (F), Noroxin® (CH-Can),
Zoroxin® (B)];
- ciprofloxacine 2 x 250 mg/j [(Ciflox® (F), Ciproxine® (CH-B) Cipro®
(Can)];
les nouvelles quinolones n'apportent pas d'avantages;
- co-trimoxazole (triméthoprime-sulfamothéxazole 160/800 mg) 2
x 1/j p.o. [Bactrim® Forte (F-CH-B), Bactrim Roche® (Can)]; traitement
économique, mais de plus en plus de région avec forte proportion
d'E. coli résistants;
- céfuroxime-axétil 2 x 250 mg/j [Zinat® (CH), Ceflin®
(Can), Zinnat® (F-B)] ![]()
![]()
4;
- cefpoxime proxétil 2 x 100 mg/j [Orelox® F-CH), - (B-Can)].
Dose unique p. ex.:
- fléroxacine 400 mg dose unique p.o. [longue demi-vie - Quinodis®
(CH-B), -
(F-Can)];
- fosfomycine 3 g dose unique p.o. [Monuril® (F-CH-B), - (Can)] ![]()
![]()
5.
En principe, si vous avez répondu
"non" à toutes les "questions essentielles" ci-dessus,
vous n'avez pas besoin de revoir la patiente.
Vous devez demander à la patiente de reconsulter:
- si la patiente ne devient pas totalement asymptomatique avec le traitement;
- si de la fièvre apparaît;
- si des douleurs dorsales ou abdominales apparaissent.
Une culture d'urine après le traitement n'est pas nécessaire,
car si cet examen de contrôle devait mettre en évidence une bactériurie
asymptomatique, aucun traitement ne serait indiqué ![]()
![]()
6
![]()
7.
Deuxième
consultation
Se reposer les " questions essentielles " et agir en conséquence.
Si votre patiente présente
encore une dysurie à cette visite de contrôle:
- pratiquer un uricult, ou éventuellement directement une culture
d'urine. Si vous avez ensemencé un uricult, le sortir du réfrigérateur
et l'envoyer au laboratoire;
- si la patiente présente des douleurs lombaires ou de type colique urinaire,
demander d'emblée une échographie pour exclure une obstruction;
- commencer immédiatement un traitement empirique de 14 jours: co-trimoxazole
ou fluoroquinolones, en changeant de médicament par rapport au premier
traitement court, sans attendre le résultat de la culture, et adapter
par la suite le traitement en fonction de l'antibiogramme.
La culture d'urine
Technique de prélévement:
a) Faire une toilette avec 2 ou 3 tampons d'eau tiède (verge et méat,
vulve et méat), sans utiliser de désinfectant.
b) Prendre un échantillon d'urine au milieu du jet (mid stream urine).
c) Donner l'urine au laboratoire immédiatement. Si délai de plus
de 4 heures, conserver l'urine au réfrigérateur à 4°
C. Ensemencer un uricult en le trempant dans l'urine, égoutter sur un
papier absorbant, incubation à 37° C.
d) Si l'uricult est positif (plus de 105 germes/ml), en fonction des circonstances
cliniques, envoyer au laboratoire pour avoir une culture avec identification
et antibiogramme.
Troisième consultation
L'attitude va dépendre de la culture d'urine. La présence de 10
5 germes ou plus permet d'affirmer la présence d'une infection significative.
Moins de 10 3 germes n'est probablement pas significatif. Plus que 10 4 avec
un germe unique et une patiente symptomatique doit être accepté
comme pathologique ![]()
![]()
8.
Si le résultat de l'uricult ou de la culture est négatif
(moins de 10 3 germes)
- Arrêter le traitement antibiotique.
- Rechercher une vaginite. Pratiquer un examen gynécologique,
particulièrement si votre patiente présente un écoulement
ou un prurit.
- En l'absence de vaginite, et si la patiente est toujours symptomatique,
pratiquer un frottis endo-urétral, et envoyer pour recherche de Chlamydiae
trachomatis et de trichomonas. Il est également possible de rechercher
les chlamydia par technique de PCR directement dans les urines.
En l'absence de trichomonas à l'examen direct, donner de la doxycycline
[Vibramycine® (CH-B-F-Can)] (2 x 100 mg/j x 7 j) ou de l'azithromycine [Zithromax®
(Can-CH-F), Zitromax (B)] (1 g dose unique).
- En cas de leucocyturie persistante, faire également une recherche
de tuberculose. Envoyer trois urines du matin à trois jours différents.
Demander également des cytologies des urines à la recherche
d'une tumeur. Si tous les examens restent négatifs, et si la leucocyturie
ou les plaintes persistent, des investigations urologiques doivent être
demandées.
Des agents alcalinisants (p. ex. citrate de sodium), des analgésiques
et spasmolytiques sont parfois proposés dans ces cas avec culture négative,
mais leur utilité n'est pas documentée dans la littérature.
Si le résultat de l'uricult
est positif (plus de 10 5 germes)
- Obtenir une identification et un antibiogramme d'un laboratoire spécialisé.
- Compléter les 14 jours de traitement long, en adaptant selon résultats.
- Contrôler 2 semaines après la fin du traitement. Refaire un uricult:
si positif: envoyer pour culture et antibiogramme, et retraiter 6 semaines selon antibiogramme. Demander une échographie puis éventuellement une urographie;
si négatif: cesser les investigations.
Comment gérer les infections
urinaires à répétition?
On considère le diagnostic d'infections, urinaires à répétition
après le 3e épisode d'infection urinaire dans la même année.
a) proposer à votre patient d'utiliser un savon acide pour la toilette
intime (lactacid®);
b) si votre patiente utilise un diaphragme ou des spermicides, modifier le mode
de contraception, car ces méthodes peuvent être la cause d'infections
urinaires à répétition;
c) essayer de retrouver une augmentation ou un changement de l'activité
sexuelle en rapport avec les épisodes.
o Si "oui", parler de ce qu'on appelle l'"honey-moon cystitis".
o Il s'agit d'un ensemencement de la vessie, à traver l'urètre
court de la femme par massage lors de l'acte sexuel par le pénis. Faire
un schéma.
o Proposer à la patiente de boire de l'eau avant l'acte sexuel, puis
de vider la vessie après, ceci pour éviter la multiplication des
germes au cours de la nuit suivante.
o Si échec, envisager de donner 1 cp de co-trimoxazole [Bactrim®
(F-CH-B), Bactrim Roche® (Can)] ou 100 mg p.o. de nitrofurantoïne [Furadantine®
(F-CH-B), Apo-Nitrofurantoïne® (Can)] soit avant, soit après
une activité sexuelle ![]()
9
![]()
![]()
10
(NNT 30).
d) Chez les patientes post-ménopausiques, un essai de traitement par
ovules d'strogènes peut être efficace ![]()
![]()
11
(NNT 18).
e) Si les traitements ci-dessus ne sont pas appliquables ou ne sont pas efficaces,
vous devez alors
o Investiguer (échographie éventuellement urographie i.v., cystographie,
cystoscopie).
o En l'absence de cause corrigeable (calcul, tumeur, malformations), cultiver
les urines. Donner un traitement au long cours, en fonction de l'antibiogramme,
soit 1 x /jour soit 3 x /semaine, pendant 6 mois, avec soit co-trimoxazole 1
cp le soir, nitrofurantoïne 50-100 mg, norfloxacine [Noroxine® (F),
Noroxin® (CH-Can), Zoroxin® (B)]200 mg.
Réévaluer après ce délai la nécessité
de continuer, parfois ce traitement doit être donné à vie.
La consommation de 300 ml de "cranberry juice" a été
proposée pour diminuer la fréquence des infections urinaires chez
les femmes post-ménopausées ![]()
![]()
12,
13. Il s'agit de jus de canneberge, populaire aux USA, qu'on trouve en Suisse
commercialisé sous le nom de Ocean Spray®.
Que faire d'une bactériurie
asymptomatique?
En premier lieu, vous ne devriez jamais vous trouver dans cette situation, car
il paraît peu utile de demander une culture chez des patients qui ne présentent
pas de symptômes.
Mais malgré tout, on considère qu'il convient de traiter avec
un traitement de 7 jours s'il s'agit:
- d'un enfant (culture demandée p. ex. pour une incontinence);
- d'un homme;
- d'un diabète (asymptomatique, culture demandée dans le cadre
d'une décompensation p. ex.);
- des suites d'une résection endoscopique de la prostate;
- d'une grossesse;
- avant de pratiquer des investigations urologiques.
Dans les autres situations, il est établi qu'il n'est pas nécessaire
de traiter une bactériurie asymptomatique ![]()
![]()
6.
Une étude récente démontre que 5% des femmes présentent
une bactériurie asymptomatique. Ces femmes n'en souffriront pas, elles
auront simplement plus de risques (8%) de développer une infection symptomatique
dans la semaine suivante que les femmes qui ont une urine stérile (1%)
![]()
![]()
14.
Une bactériurie asymptomatique n'est considérée comme dangereuse
que dans certains groupe de patients (grossesse, investigations urologiques,
période post-transplantation rénale)
15.
VOUS AVEZ REPONDU "OUI" à une ou plusieurs des QUESTIONS ESSENTIELLES
1. la bandelette est négative, soit pour les leucocytes
soit pour les nitrites sur des urines fraîches
Remarque: si la bandelette est positive pour les leucocytes (leucocyte estérase)
et/ou pour les nitrites, vous avez 82,3% de sensibilité et 98,4% de spécificité
pour une infection urinaire. Ainsi une bandelette négative rend une infection
urinaire très peu probable, mais ne l'exclut pas formellement. D'autres
auteurs ont trouvé une sensibilité de 100% et une valeur prédictive
négative de 100% avec la combinaison leucocyte estérase et nitrites
négatifs. Ces résultats sont les mêmes pour les hommes,
les femmes, les patients hospitalisés ou ambulatoires ![]()
16.
L'uroscopie (évaluation de la turbidité de l'urine fraîche,
si limpide = négatif) donne une valeur prédictive négative
de 95,7% comparé avec:
- 96% pour la coloration de Gram de l'urine non centrifugée;
- 99% pour le Gram de l'urine centrifugé;
et
- 96,4% pour la bandelette ![]()
17.
EN PRATIQUE
Mettre une goutte d'urine non centrifugée sous le microscope avec agrandissement
x 100.
Si vous voyez des bactéries et s'il s'agit bien d'urines fraîches,
vous pouvez conclure à une infection urinaire (plus de 105 germes/ml).
Retourner aux autres "questions essentielles".
Si vous ne pouvez toujours pas conclure, faire un sédiment.
Plus de 8 leucocytes par champ: forte probabilité d'infection urinaire,
revenir aux "questions essentielles".
Pas de leucocyte visible, la probabilité d'infection est de moins de
5%, continuer comme ci-dessous.
Si vous n'avez pas de germes visibles sur l'urine fraiche non centrifugée
et pas de leucocytes sur le sédiment, vous devez envisager le diagnostic
de maladie sexuellement transmissible ou de vaginite. Vous devez pratiquer un
examen gynécologique (voir ci-dessus sous "deuxième consultation").
2.
présence de symptômes de vaginite
Une patiente qui se présente avec essentiellement des pertes vaginales,
un prurit, doit d'abord avoir un examen gynécologique, pour exclure une
vaginite (voir sous "deuxième consultation").
3.
présence de fièvre et/ou
4.
présence de douleurs abdominales ou des loges rénales
Dans l'un ou l'autre de ces deux cas, vous devez conclure à une pyélonéphrite.
Vous devez systématiquement pratiquer une culture d'urines avant de traiter.
Des hémocultures doivent être considérées pour les
patients hémodynamiquement instables.
Vous devez hospitaliser les patients qui présentent:
- une déshydratation;
- une hypotension;
- une tachypnée;
- une uropathie obstructive connue;
- une grossesse.
Sinon vous pouvez traiter ambulatoirement.
Si votre patiente est nauséeuse, commencer avec la ceftriaxone [Rocéphine®
(F-CH-B-Can)] 2 g/j i.v./i.m. ou ciprofloxacine i.v. 200 mg-400 mg/j), jusqu'à
ce que l'on puisse passer à un traitement p.o.
Pour les autres patientes, un traitement oral long de 14 jours est suffisant
dans la majorité des cas
18.
Utiliser p. ex.:
- co-trimoxazole (triméthoprime-sulfamothéxazole 160 mg-800 mg)
2 x 1/j p.o. [Bactrim Forte® (F-CH-B), Bactrim Roche® (Can)];
- ciprofloxacin [Ciflox® (F), Ciproxine® (CH-B), Cipro® (Can)] 2
x 500 mg/j p.o.;
- amoxicilline/acide clavulanique [Augmentin® (F-CH-B), Clavulin® (Can)]
3 x 625 mg/j p.o.;
- on peut également utiliser des céphalosporines orales de 2e
ou 3e génération, en cas d'intolérance ou d'allergies.
La norfloxacine [Noroxine® (F), Noroxin® (CH-Can), Zoroxin® (B)]
n'est pas recommandée en première intention en raison de mauvais
taux sériques.
Vous devez revoir votre patiente après 48 heures.
Si la patiente est toujours fébrile après ce délai, vous
devez rechercher une obstruction des voies urinaires, en pratiquant p. ex. une
échographie. Si l'échographie ne donne pas la réponse,
pratiquer une scanographie.
5.
il existe des contre-indications à un traitement court
- présence d'un diabète;
- présence d'une immunosupression;
- anomalies connues du tractus urinaire;
- notion d'infections urinaires à répétition (>3 par
année);
- les symptômes durent depuis plus de 7 jours;
- présence d'un diaphragme;
- plus de 65 ans.
Dans tous ces cas, vous devez:
- demander une culture d'urine avec antibiogramme;
- une coloration de Gram peut être utile, car la présence de germes
Gram+ est suggestive d'une infection à entérocoques qui doivent
être traités soit par de l'amoxicilline soit par de l'amoxi-clav
(germes généralement résistants aux quinolones);
- prescrire un traitement long 7-14 jours en fonction de la gravité de
l'infection
19;
- en cas de nausées, un traitement parentéral [ceftriaxone (Rocéphine®
(F-CH-B-Can)] 2 g/j i.v./i.m. ou ciprofloxacine (Ciflox® (F), Ciproxine®
(CH-B), Cipro® (Can) 2 x 400 mg/j i.v.) doit être utilisé en
attendant de pouvoir passer p.o.;
Le traitement de choix est une quinolone, mêmes dosage journalier que
pour un traitement court (voir "première consultation"). Les
nouvelles quinolones (trovafloxacine (Trovan® (Can), - (CH-B-F)], grepafloxacine
- (Can-B-CH-F)] n'atteignent pas des taux urinaires suffisants et doivent être
déconseillées. L'amoxycilline seule et le le co-trimoxazol [Bactrim®
CH-F-B), Bactrim Roche® (Can)] doivent être évités en
raison des résistances possibles;
- surveiller:
le patient doit s'améliorer dans les 24 à 48 heures, sinon, il
faut demander une échographie pour exclure une obstruction. Une urographie
ou une cystoscopie ne doivent pas être pratiquées avant contrôle
de l'infection.
Le traitement doit être adapté à réception des cultures
selon l'antibiogramme.
- Une culture après traitement n'est pas nécessaire, à
l'exception des patients immunosupprimés, car dans tous les autres groupes,
une infection asymptomatique ne serait pas une indication à re-traiter.
Remarques: dans ce groupe de patients, il est difficile de faire la différence
entre une cystite simple et une infection urinaire haute, raison pour laquelle
on les prend en charge différement. Les germes fréquents sont
E. coli, Proteus, Klebsiella, Pseudomonas, Serratio spp, enterococci, staphlyococci.
Le staph saprophyticus est rarement impliqué.
6.il
s'agit d'un homme
Une infection urinaire n'est pas fréquente chez l'homme. C'est la raison
pour laquelle vous devez en premier lieu déterminer s'il ne s'agit pas
d'une urétrite.
Existe-t-il un écoulement urétral?
Une urétrite à gonocoques se présente le plus souvent avec
un écoulement
20.
En principe, le diagnostic repose sur un gram du frottis urétral. La
culture demande des précautions. L'utilisation de PCR sur le frottis
uréthral est un peu plus sensible que dans les urines, la spécificité
est de 100%.
Un diagnostic positif augmente peut-être la probabilité de traiter
également le partenaire. En pratique, vous pouvez traiter d'emblée
un écoulement urétral avec une injection unique i.m. de 125 mg
de ceftriaxone sans pratiquer de culture. Une dose unique de ciprofloxacin 500
mg p.o. est efficace dans les régions où la résistance
à cet antibiotique n'est pas trop importante. Aux USA, moins de 1% de
résistance. A Sidney, on rapporte jusqu'à 15% de résistance
et aux Philippines plus de 50% ![]()
21.
La fréquence élevée d'infection mixte à chlamydia
justifie de donner en même temps un traitement de doxycline [Vibramycine®
(CH-F-Can-B)] pour 7-10 jours ou 1 g d'azithromycine [Zithromax® (CH-Can-F),
Zitromax® (B)], dose unique, sans faire d'investigations.
Une syphillis débutante est couverte par l'azithromycine ![]()
![]()
22,
mais pas par la ceftriaxone, ni par les quinolones.
Rechercher des lésions cutanées sur le gland ou le pénis
Condylome, bourses douloureuses ou une anamnèse suggérant une
possible exposition à des maladies sexuellement transmissibles Le condylome
peut se trouver à l'entrée de l'urètre et expliquer la
symptomatologie.
Remarque: si vous traitez votre patient pour une maladie sexuellement transmissible,
vous devez envoyer la partenaire chez le gynécologue pour être
également traitée. Des sérologies pour la syphylis et pour
le VIH doivent être proposées et un suivi organisé si possible.
Voir "Docteur, j'ai un ganglion"
S'il n'existe pas d'écoulement
urétral ni de lésions cutanées
Vous devez envisager le diagnostic d'infection urinaire basse (pas de fièvre,
pas de douleurs abdominales ou des loges rénales). Les germes habituellement
responsables sont les mêmes que chez la femme ![]()
23.
Cependant, chez l'homme, vous devez:
a) demander, même si c'est le premier épisode, directement une
culture d'urine avec identification et antibiogramme;
b) pratiquer un toucher de la prostate. Si la prostate est sensible, traiter
avec une quinolone ou du TMP-SMX comme une prostatite (durée du traitement
de 4 semaines, voire davantage selon les situations, à adapter selon
l'antibiogramme à réception des cultures). En cas de douleurs,
associer des anti-inflammatoires. En cas d'échec, référer
à l'urologue;
c) commencer un traitement de 10 jours avec une quinolone ou du co-trimoxazole.
L'ofloxacine aurait l'avantage par rapport aux autres quinolones d'avoir une
meilleure activité sur le mycoplasma homini.
Si la culture revient négative (< 105 germes/ml), voir commentaire
sous "deuxième consultation"):
- arrêter le traitement antibiotique commencé à l'aveugle;
- rechercher une infection à Chlamydia trachomatis, à Ureaplasma
urealyticum ou à trichomonas.
Pour ceci, introduire un écouvillon métallique 3-4 cm dans l'urètre,
pratiquer un mouvement de rotation. Envoyer dans un laboratoire spécialisé.
La technique de PCR sur des urines fraiches est disponible dans la plupart des
laboratoires et est une alternative à l'écouvillon (sensibilité
90%, spécificité 100% ![]()
24).
Les investigations à la recherche d'un diagnostic précis se justifierait
par le fait que cette situation est plutôt rare, et que le traitement
d'un partenaire sexuel serait justifié.
- rechercher également un éventuel trichomonas, p. ex. sous microscopie
avec un prélévement frais.
- comme alternative, traiter à l'aveugle un Chlamydia ou un Ureoplasma
p. ex. avec azithromycine [Zithromax® (F-CH-Can), Zitromax® (B) dose
unique 1 g (cf ci-dessus) et d'investiguer les échecs thérapeutiques.
Si la culture revient positive (105 ou plus):
adapter le traitement en fonction de l'antibiogramme. Finir le traitement long
de 7 jours.
d) Contrôler la guérison (uricult 2 semaines après arrêt
du traitement).
Remarque: des hommes jeunes (15-50 ans) peuvent avoir des infections urinaires
non compliquées. Les facteurs de risque sont: hétérosexualité,
rapport sexuel avec une femme souffrant d'infection urinaire, non-circoncision
![]()
25.
Des investigations à la recherche d'une malformation, d'un calcul ou
d'une tumeur ne sont pas nécessaires pour une première infection
urinaire non compliquée, qui répond rapidement au traitement et
dont la culture de contrôle est négative ![]()
26.
Dans le cas contraire, pratiquer une échographie, et en l'absence de
diagnostic une urographie intraveineuse. Les infections urinaires compliquées
chez l'homme sont habituellement associées avec une anomalie urologique
(p. ex.: hyperplasie prostatique).
7.
votre patiente est enceinte
Vous avez le choix pour le traitement de donner pendant 7 jours, p. ex.:
- céfuroxime 2 x 250 mg/j p.o. [Zinnat® (F-B), Zinat® (CH), Ceftin®
(Can)];
ou
- une association amoxicilline/acide clavulanique 3 x 375 mg/j p.o. [Augmentin®
(F-CH-B), Clavulin® (Can)];
ou
- du céfétamet 2 x 500 mg/j p.o. [Globocef® (CH), - (F-B-Can)];
- Le co-trimoxazole peut être éventuellement utilisé pendant
les 3 premiers mois de la grossesse. La prudence dans le troisième trimestre
est liée à la perturbation du métabolisme de la bilirubine
chez le nouveau-né.
Attention: Vous ne pouvez pas donner de quinolones à une femme enceinte.
Le co-trimoxazole peut péjorer un ictère néonatal, raison
pour laquelle ce traitement n'est pas recommandé dans le troisième
trimestre. En cas de fièvre, de douleurs abdominales ou des loges rénales
(pyélonéphrite), une hospitalisation est recommandée.
Un contrôle est nécessaire, car une bactériurie asymptomatique
est une indication à un traitement antibiotique chez la femme enceinte.
Elle peut avoir éventuellement (40% des cas ![]()
![]()
27)
des conséquences sérieuses: pyélonéphrite, anémie,
hypertension, petit poids de naissance de l'enfant, prématurité.
Malheureusement, l'estérase leucocytaire (bandelette)
ou le sédiment urinaire ont une faible valeur prédictive
(23%) pour une infection urinaire, car beaucoup de femmes enceintes ont une
leucocyturie sans bactériurie (beaucoup de faux positifs)
28.
La culture d'urine est la méthode la plus fiable, mais son rapport coût/bénéfice
n'est probablement pas optimal. On peut utiliser l'uricult, et envoyer les résultats
positifs dans un laboratoire spécialisé pour identification et
culture.
8.
votre patient est porteur d'une sonde à demeure
Ne pas traiter si les patients sont asymptomatiques, car le traitement ne ferait
que de sélectionner des germes résistants. Une antibiothérapie
prophylactique ne retarde ni la colonisation, ni la fréquence des épisodes
fébriles, ni le pourcentage de patients incontinents ![]()
![]()
29.
Près de 10% des personnes âgées en institution sont porteuses
d'une sonde à demeure. La probabilité d'acquérir une bactériurie
augmente de 5% par jour avec sonde. Des conditions stériles ![]()
30
à la pose de la sonde et la mise en place d'un système fermé
peuvent retarder ceci. L'indication à la sonde doit être régulièrement
rediscutée et des alternatives discutées (cathétérisations
intermittentes ![]()
![]()
31
ou sonde supra-pubique). Une imprégnation avec néomycine ou oxyde
d'argent ainsi que des irrigations avec des antibiotiques ou antiseptiques n'ont
pas donné de résultats satisfaisants ![]()
![]()
32.
Après ablation d'une sonde à demeure, 30 à 50% des bactériuries
disparaissent spontanément. Une culture 48 h post-ablation est conseillée,
et un traitement de 5 jours (femmes <65 ans) à 14 jours (>65 ans)
doit suivre, car le risque d'une infection symptomatique est grand ![]()
33
![]()
![]()
34.
Une batériurie symptomatique (fièvre, douleurs abdominales ou
des loges rénales) augmente la morbidité et la mortalité
et nécessite un traitement.
Attention: Le seul symptôme peut être la décompensation
d'une démence, ou un état confusionnel, chez des patients âgés
qui ne font pas toujours de la fièvre lorsqu'ils présentent une
pyélonéphrite sur sonde. Dans ce cas, toujours s'assurer que la
sonde n'est pas bouchée.
Si votre patient avec sonde urinaire est symptomatique (fièvre, douleurs
abdominales ou des loges rénales):
- demander une culture d'urine;
- pratiquer éventuellement une coloration de Gram des urines. En effet,
la présence de germes Gram+ doit faire penser à des entérocoques,
généralement résistants aux quinolones. Utiliser dans cette
situation de l'amoxi-clav (Augmentin®);
- donner un traitement pour 14 jours avec
o co-trimoxazole (triméthoprime-sulfamothéxazole 160/800mg) 2
x 1/j p.o. [Bactrim Forte® (F-CH-B), Bactrim Roche® (Can)];
o ciprofloxacine 2 x 250 mg/j [Ciflox® (F), Ciproxine® (CH-B) Cipro®
(Can)]. Ce traitement est aussi efficace qu'un traitement parentéral
de gentamycine ![]()
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35;
o ceftriaxone [Rocéphine® (F-CH-B-Can)] 2 g/j i.v./i.m.
Remarque: les nouvelles quinolones (trovafloxacine [Trovan® (Can)], grepafloxacine)
n'atteignent pas des taux urinaires suffisants et doivent être déconseillées.
La norfloxacine [Noroxine® (F), Noroxin® (CH-Can), Zoroxin® (B)]
n'est pas recommandée en première intention en raison de mauvais
taux sériques.
Le traitement doit être adapté à réception des cultures.
Une culture de contrôle n'est pas nécessaire si le patient est
asymptomatique, car aucun traitement ne sera proposé.